Chers lecteurs, au rythme auquel je poste, Choupie-chat aura quitté sa grotte dans trois messages. Et pour vous cette grossesse, qui m'aura semblée si looongue, semblera s'être terminée super rapidement. Enfin je sais pas, peut-être que vous en avez marre que je ne parle que de foetus sur ce blog et que du coup, à vous aussi ça vous semble long. Mais si on se dit trois messages, trois messages...

A vrai dire, je viens vous dire coucou mais je ne sais pas trop quoi raconter. J'aurais trop à dire, et en même temps tout me semble vain.

  • Il y a deux jours, j'ai commencé un message par "Il fait beau c'est super" et je me suis progressivement rendu compte que j'allais le terminer par "Pitié, apportez-moi une corde et vite". Du coup, comme je ne souhaite pas vous déprimer outre mesure, je ne crois pas que je le publierai.

J'y parlais surtout de ma peur de l'avenir : l'accouchement (long et douloureux), l'hospitalisation (et le manque d'intimité), la parentalité (et toujours cette question : est-ce que je vais tenir le choc ?). Tout ce qui m'attend dans un gros mois. Un peu moins si j'ai de la chance... mais est-ce que ce sera vraiment une chance ? Est-ce qu'échanger la grossesse contre la maternité, ce n'est pas échanger la peste contre le choléra ? Voilà où j'en suis, au bout du tunnel, la main sur une poignée de porte que j'hésite à tourner...

J'ai dit que le troisième trimestre était mon préféré, et je le pense toujours, mais c'est un trimestre étrange, où on porte un bébé, véritablement un bébé, qui pourrait naître, respirer et manger tout seul et tout, sans pour autant être vraiment parent. Je n'ai jamais considéré que j'avais le choix entre devenir mère et ne pas devenir mère, pour moi il a toujours été évident que j'allais l'être... et ça y est, on y est. Et je ne sais pas pourquoi, parfois, ça me donne juste envie de pleurer toutes les larmes de mon corps.

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Illustration mélancolique.

  • J'ai aussi songé à vous écrire un article 7ALM, un article qui parlerait d'amour familial. Un article pour vous faire part de mes doutes quant à mes compétences en amour maternel.

Parce que je crains de trop m'attacher à ma fille, alors qu'elle est encore toute fragile et que tout peut arriver.

Parce que parfois, il m'arrive d'en vouloir à ma fille, peut-être même de la détester, puisqu'elle est la cause de tous mes déboires physiques et psychologiques du moment.

Parce que je ne vis pas dans un numéro de CI et que mes parents n'ont jamais fondu en larmes en bafouillant : "Tu sais que je t'aime, même si je ne te l'ai jamais dit." Non, ils ne me l'ont jamais dit, point. Même si je sais que c'est le cas (euh... du moins pour ma mère).

Parce que je ne dis pas à mon mari que je l'aime. Jamais. Je l'ai trop dit à la légère autrefois et que je n'aime plus la sonorité de ces mots dans ma bouche. (Mais je l'aime, bien sûr, plus que tout, c'est ma personne capable de respiration autonome préférée au monde, et j'espère qu'il le sait, qu'il n'en doute jamais.)

Parce que j'ai peur d'être définitivement une paralysée des sentiments.

Et pourtant si, j'aime ma fille, je l'aime à la folie et j'ai envie de lui dire, maintenant et plus tard, quand elle sera un bébé, un bambin, une enfant, une ado... et je lui dis, je l'appelle "ma chérie" et je lui chuchote que je l'aime tellement tellement tellement. Et ça me rassure, d'en être capable. Je ne sais pas ce que je vais pouvoir lui apporter dans la vie, mais je veux qu'elle soit au moins persuadée qu'elle est aimée, infiniment.

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La preuve, elle a des chaussons-chats-coeurs.

  • J'aurais pu vous écrire un article purement informationnel (et non réflexif-thématique comme les deux précédemment évoqués). Pour vous raconter les dernières péripéties de ma vie de femme enceinte.

Vous dire que j'avais fait mon premier monitoring. Que même si j'avais trouvé ça long et que je n'en avais jamais vraiment su les conclusions (j'ai juste demandé si ça allait et on m'a dit que c'était parfait), ça m'a fait moins suer que ce que je pensais, d'attendre allongée pendant une demi-heure/trois quarts d'heure en écoutant le coeur de mon bébé.

Vous dire qu'une sage-femme de la PMI m'avait fait visiter la salle de travail sur les conseils avisés de ma psy qui avait sans doute peur que je fasse une crise d'angoisse au moment d'accoucher (je ne promets pas pour autant que je n'en ferai pas). Que cette sage-femme de la PMI m'avait dit qu'elle pouvait contacter une puéricultrice de la PMI pour qu'elle vienne faire une visite à domicile et m'aider à organiser la venue du bébé. Que je n'avais pas eu le coeur (ni trop de raison valable) de refuser et que du coup une puéricultrice passera vérifier qu'on n'est pas de futurs parents irresponsables, qu'on ne va pas la faire dormir dans un placard et manger du foin.

Vous dire qu'on avait eu notre écho de contrôle pour la croissance de Choupette. Qu'après avoir vu passer sur mon ventre tout un cursus universitaire de l'étudiante en médecine maladroite au gynéco diplômé en passant par l'interne débutante (L'étudiante : "Bon, je regarde, mais j'y connais rien, en fait, c'est pour ça que l'écran est tout gris. Ah tiens si, là c'est son coeur et là c'est du liquide. Mais je sais pas trop où est la tête." L'interne : "Désolée de vous écraser le ventre comme une malade depuis une demi-heure mais votre bébé est vraiment mal placé et votre peau n'est vraiment pas réceptive aux ultrasons alors j'arrive pas à avoir des mesures correctes". Le gynéco : "Tu vois, Junior -c'est l'interne qu'il appelle Junior, pas moi, moi il s'en fiche un peu que je sois là- trouver un beau périmètre crânien, un beau périmètre abdominal et un beau fémur, c'est pas si compliqué, en fait. Hop hop hop, allez je me casse, j'ai la dalle, moi."), on m'avait finalement annoncé que notre fille pesait 2,2 kg et qu'elle n'avait donc aucun souci de croissance. Que pour revoir son petit visage, on repassera (ou plus probablement on attendra), mais que le principal, c'était que tout aille bien.

  • Aujourd'hui, ce que j'avais envie d'écrire, c'était que ça n'allait pas, que c'était trop long, que j'étais sur le point de craquer et de m'ouvrir le ventre à la scie sauteuse.

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Nym, toujours prête à rendre service (non mais je vous rassure, elle ne m'a pas griffée méchamment, elle était sur moi et Apollon lui a fait peur en approchant sa tête -il en faut peu pour faire peur à Nym) (sinon, z'avez vu, mon nombril est en passe de disparaître complètement).

Je ne supporte plus mon ventre. Mon ventre bouge, mon ventre contracte, mon ventre me fait mal, mon ventre pèse, mon ventre tire, mon ventre ne rentre plus dans mes vêtements. J'en ai marre d'être enceinte. J'en ai marre de craindre sans cesse de devoir me rendre urgemment chez le médecin, chez la sage-femme, chez le dentiste ou à la maternité... J'en ai marre de ce corps qui n'est plus à moi. Je veux retrouver le droit de faire n'importe quoi avec, de mal me nourrir si je veux, de tomber malade et de ne pas me soigner si je veux, de ne pas me préoccuper de moi-même, d'oublier que je suis un morceau de chair, parce qu'il y a d'autres choses bien plus intéressantes. Je veux juste ne plus y penser.

Je devais voir Déesse Vio, et je ne l'ai pas vue. A cause de tout ça, de mon corps qui fait n'importe quoi, de ma condition physique diminuée et du devoir que j'ai de me soigner sans attendre si je sens que les choses tournent mal. Je ne me sentais pas capable de préparer puis gérer le séjour de Déesse Vio, mes ennuis de santé et leurs conséquences éventuelles. Pourtant j'avais très envie de la voir et je sais que ça m'aurait fait énormément de bien de voir quelqu'un d'autre que mon mari, mes chats et mes médecins, de bouger, d'être autre chose qu'un corps encombrant, fatigant et exigeant.

Mais cet après-midi, ça allait mieux. J'ai un médicament magique, je crois, c'est à lui que j'attribue en tout cas mon habituelle amélioration de moral de l'après-midi. C'est à base de plantes, de vitamines et de minéraux, c'est censé combattre la fatigue du premier trimestre. Je trouve que ça marche bien au troisième aussi. C'est ma mère qui m'a acheté ça. Enfin, c'est peut-être juste parce qu'à midi, je mange et que ça me donne de l'énergie. Enfin bref, cet après-midi, je me sentais moins déprimée, plus enthousiaste, plus optimiste. Apollon, lui, il a ronflé, cet aprèm. Et quand je dis qu'il ronflait, c'est au sens propre, c'était rigolo.

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Qu'il est mignon !

  • Enfin, je préparais un message spécial il y a peu : j'ai rédigé un test psychologique sur la relation de couple. Juste comme ça, parce que c'est ludique. Je pense que celui-là je le posterai. Mais je ne sais pas encore quand.

Je pourrais le poster demain, les questions sont quasi toutes écrites. Mais j'ai dit que j'accouchais dans trois messages, et j'aimerais bien que ce soit le cas. J'aimerais que la prochaine fois que je vous retrouve, je sois vraiment à deux doigts (les sages-femmes et les forumeuses comprendront le double-sens... les autres peut-être aussi, mais moins spontanément) d'accoucher. Alors je ne sais pas.

Et puis je ne m'ennuie pas, dans ma vie, en ce moment. J'ai plein de choses à faire. Il faut que j'écrive une lettre à la peut-être future marraine de notre fille (ça y est, on a fait un premier choix, un choix de compromis, un choix surprenant probablement, un choix risqué peut-être, mais un choix qu'on espère judicieux... l'avenir nous le dira) et un mail à mon témoin de mariage. Je vais encore avoir des rendez-vous (avec la psy le 27, la puéricultrice le 31, la gynéco le 2). Je vais encore avoir des commandes à aller chercher et quelques achats à faire (mais à huit mois moins une semaine, tout est quasi prêt, même les plus petites choses : le liniment, les cotons pour les fesses, les couches... même la valise pour la maternité est presque prête -mais pas complètement non plus, faut pas déconner...). J'aimerais aller voir ma mère, aussi, changer d'air, un peu plus au sud, un peu plus à la campagne, avoir quelques jours de "vacances". Tous ces projets me font même un peu peur, quand je vois dans quelle fatigue physique je suis déjà.

Bref, je ne sais pas quand je réécrirai. J'espère juste que le temps va passer très vite.