Bon, les amis, trêve de plaisanteries, j'écris un vrai article. Non parce que ça fait une heure et demi que je chiale en regardant un replay de T.V. (ça me fait rire, TV en langage "grossesse", c'est toucher vaginal... on s'amuse comme on peut). Mais bon, disons que j'ai une excuse, y'a des accouchements et des prématurés. Pour faire pleurer une femme enceinte, montrez-lui des accouchements et des prématurés.

Mais ce ne sera pas le thème de ce message. Parce que Choupie-Chat ne sera pas prématurée (elle est considérée comme à terme depuis dimanche) et que je n'ai pas non plus l'impression que je vais accoucher dans l'immédiat (même si histoire de me contredire, j'ai une grosse contraction pile là maintenant).

Non, je voulais vous parler de mon dernier passage à la maternité. Et râler un peu. Alors oui, je sais, c'est toujours moins agréable, les articles plein de sentiments négatifs. Mais vous remarquerez que j'ai dit que j'allais râler, pas me lamenter. S'il y a pire que les articles où on râle, ce sont les articles où on se lamente. Je sais que je vous en ai largement abreuvés ces derniers mois. Pardon. Mais ce ne sera pas (vraiment) le cas cette fois-ci. Je râle, je ne me plains pas. Nuance. Quoique j'ai mal au ventre, que je n'arrive pas à trouver une bonne position pour bien respirer, que j'aimerais continuer à végéter devant T.V. et accoucher dans la foulée.

Bref, chers amis, parlons peu, parlons de ventre. Une fois n'est pas coutume. Et parlons diktats de grossesse. Non, parce que toi, tu penses peut-être que quand tu es enceinte, la "société" (terme volontairement flou désignant à la fois le premier quidam venu et tout l'univers) te fout la paix concernant ton apparence. Au moins le temps que tu pondes ton gosse, quoi. Eh ben pas du tout. Pas du tout du tout, même. Non, quand tu es enceinte, tu dois remplir un cahier des charges très précis :

- Tu dois prendre du poids. Mais pas trop non plus. Entre 7 et 10 idéalement. Allez, puisqu'on est sympa, on tolèrera de 5 à 12. Plus, tu ne les perdras jamais, grosse vache. Moins, tu vas tuer ton bébé, sale égoïste d'anorexique (ça c'est moi).

- Tu dois avoir un gros ventre. Plus il est gros, mieux c'est. Mais attention, hein, on a dit que t'avais pas le droit de prendre plus de 10 kilos. Tu dois donc être volumineuse et relativement légère. Et si t'es pas grosse, là, tu peux carrément t'assoir sur ton titre honorifique de femme enceinte. Mais pas sur les places réservées, faut pas déconner. Si tu te sens faible, t'as qu'à manger, sale égoïste d'anorexique.

- Ton bébé doit être joufflu. Il existe une courbe de poids idéale, pour les bébés. Plus tu es haut par rapport à la moyenne, plus on applaudira des deux mains. Bon, pas trop non plus, faut pas déconner. Le bébé parfait pèse à terme entre 3,5 kg et 4,5 kg. S'il fait plus (même si franchement c'est rare), on t'accusera d'avoir profité de la grossesse pour abuser, grosse vache. Moins, c'est probablement que tu as privilégié ta ligne aux dépends de ton bébé, malade mentale, va !

Voilà, ça c'est le must : prise de poids réduite, gros ventre et gros bébé. Allez, future maman, bon courage !

Je vais peut-être vous décourager, mais en réalité, on n'y peut rien. On ne contrôle ni notre prise de poids, ni le volume de notre ventre, ni le poids de notre bébé. Vouloir se conformer aux normes quand on est enceinte, c'est comme quand on n'est pas enceinte, mais en encore plus dur.

Quand tu n'es pas enceinte, on te demande, dans l'idéal, de mettre du 36. Le 34 et le 38 sont néanmoins tolérés. On s'y confome (parce qu'on est terriblement influençable ou parce que ça ne nous demande pas beaucoup d'effort) ou on ne s'y conforme pas (parce que fuck les diktats de la mode, on est un être libre), mais ça reste du domaine du possible. Pour y arriver, si tu es plus ronde, tu peux t'affamer, si tu es plus maigre, tu peux te bourrer de gras jusqu'à ce que mort s'en suive. Pas sympa, mais réalisable dans la plupart des cas.

Quand tu es enceinte, tu es priée d'éviter de faire n'importe quoi avec ton alimentation, de manger normalement, suffisamment mais pas trop : ni régime, ni abus. Autant dire que derrière, ton corps il fait ce qu'il veut : il partage, il donne tout au bébé, il garde tout pour lui ou il ne donne ni ne garde rien du tout ou si peu. Et qui récolte les regards soupçonneux derrière, c'est bibi.

Je voyais par exemple il y a quelques jours un article intitulé "Enfin une future maman qui assume sa grossesse !", où une star enceinte (visiblement sur le point d'accoucher) paradant avec son énorme ventre était comparée à deux autres stars enceintes dont la grossesse (beaucoup moins avancée, soit dit en passant) était très peu visible. "Mesdemoiselles Truc et Chose, suivez l'exemple !" concluait-il. Est-ce que c'est vraiment une question d'assumer ou de ne pas assumer ? Tu grossis peu, tu grossis peu, voilà. Et à côté de ça, tu as ce genre d'article où le journaliste s'indigne que Machine, cette grosse vache, ait pris encore plus de poids durant sa grossesse que Bidule, cette autre grosse vache de notoriété publique. Presse poubelle sans doute, n'empêche que cela reflète bien la pression qui pèse sur les épaules des femmes enceintes (quand elle ne devrait peser que sur leur vessie).

Si je vous dis ça, c'est évidemment que ce coup-là, on me l'a fait. En temps normal, je ne vous écrirais pas un article sur ce que ça fait de ne pas entrer dans une norme de minceur, par exemple, parce que je fais naturellement du 36. Si ce n'était pas le cas, je trouverais sans doute aussi la pression de la société sur les femmes non-enceintes scandaleuse. Mais je ne la ressens pas, tout comme les femmes qui prennent pile ce qu'il faut durant leur grossesse, ont pile le bon diamètre de ventre et donnent naissance à des bébés pile assez gros pour être qualifiés de "beaux" (nous reviendrons sur cette expression de "beau bébé", elle mérite qu'on s'y attarde) ne voient sans doute aucun problème à ce qu'on nous impose une vision de la grossesse parfaite. Il n'empêche que c'est le cas.

Bref, où je veux en venir avec cette longue introduction ? Je veux en venir à mon rendez-vous gynéco d'hier. J'ai commencé à parler TV, je continuerai dans le TV.

(Non, à vrai dire, je ne vais pas tellement vous parler toucher vaginal. Enfin, si, je pourrais vous en parler. Mais même s'il était très désagréable -surtout que la gynéco qui me l'a fait était au téléphone, autant dire qu'elle était sûrement pas à fond concentrée sur le désir de ne pas me faire mal-, je n'en ai retiré que des satisfactions on a la sexualité qu'on peut. Puisque sa conclusion a été que mon col était déjà bien prêt -si ça vous intéresse, j'ai regardé hier un site avec des tas de photos de col... après avoir vu ça, j'ai éprouvé un profond respect pour gynécos et sages-femmes qui en voient des dizaines tous les jours... et Apollon a plus eu envie de dessert-, que bébé était déjà bien engagé et que je n'aurai sans doute pas à attendre jusqu'au terme ! Rien, en somme, qui s'intègrerait à la râlerie du jour.)

Parlons donc passage sur la balance et mesure de hauteur utérine. Balance : 54 kg. Enfin, pour être honnête, entre 53 et 54. "Eh beh, vous avez pas pris beaucoup." Excuse habituelle : "J'ai beaucoup perdu en début de grossesse. Tout cumulé, j'ai quand même pris presque dix kilos."

(Oui, si je réexplique ça, c'est parce que la gynéco habituelle -celle que j'ai donc vue deux fois depuis que ce n'est plus ma sage-femme qui fait le suivi, et à qui j'ai donc déjà dû expliquer ça- s'était visiblement crue en congé et est arrivée avec une heure de retard et que j'ai donc été envoyée -pendant qu'elle rattrapait difficilement son retard dans ses consultations- auprès d'une de ses collègues.)

Mon excuse est acceptée avec un air sceptique. Hauteur utérine à présent, c'est à dire, en gros, le degré de courbure de mon ventre. Elle est petite, et moi je n'ai plus d'excuse (sinon "Que voulez-vous que j'y fasse ?"). La sentence tombe : "Va falloir aller faire une échographie de contrôle de croissance." "Mais déjà la dernière fois, elle était petite, et le bébé était normal." "Oui, mais c'est la procédure."

Echo de croissance, donc. Dans la foulée. Au moins on ne perd pas de temps. Comme la dernière fois, c'est une interne qui me prend en charge (mais pas la même que celle qui m'avait massacré le ventre, Zeus soit loué). Comme la dernière fois, elle m'accuse de ne pas être "échogène" (en gros, ma peau ne laisse que médiocrement passer les ultrasons... comme je ne mets aucune crème, faut peut-être que je m'en prenne à mon gel douche ?). Heureusement, cette fois-ci, échogène ou pas échogène, les mesures sont faites en cinq minutes. Bien obligée, toutes les trente secondes, quelqu'un entre pour réclamer la salle et l'interne promet qu'elle se dépêche, qu'elle n'en a plus que pour une minute. Tout en me filant un bout de sopalin pour m'essuyer le ventre, on nous dit d'aller attendre dehors (oui, on est censés aller dehors alors que mon ventre est encore trempé et que le bout de sopalin ne suffit pas à le sécher... finalement j'en fauche un autre moi-même, m'essuie tant bien que mal, et le reste sèchera au soleil, hein). On nous annonce environ 2,5 kg aujourd'hui pour notre bébé. "Ah, bien." Mais la demoiselle doit aller récupérer les résultats et comparer ce poids avec sa courbe de croissance. On attend dans le couloir. Dix minutes plus tard elle revient : "Bon, donc en fait c'est pas bien, elle ne suit pas exactement sa courbe de poids, elle est au 10ème percentile alors qu'elle était au 30ème il y a deux semaines, va falloir revenir faire des échos toutes les semaines jusqu'au terme."

(10ème percentile : 90% des bébés sont plus gros qu'elle au même âge, 30ème : 70%... Je vous avais déjà expliqué ça, je crois, mais c'est important pour comprendre. En dessous du 10ème percentile, on considère qu'il y a un risque de RCIU, de "retard de croissance intra-utérin". Voilà vous savez tout. Sauf qu'à chaque fois, ce sont des estimations de poids, basées sur trois mesures faites en trois minutes par des personnes qui avouent elles-mêmes que les conditions ne sont pas optimales... alors je ne suis ni sûre qu'elle était vraiment au 30ème percentile il y a deux semaines, ni sûre qu'elle soit vraiment au 10ème percentile cette semaine...)

Nouvelle prise de rendez-vous. Un monitoring (on te met une ceinture autour de ventre qui enregistre les battements du coeur du bébé pendant une demi-heure : ça fait partie de la procédure de contrôle de croissance) l'après-midi et à nouveau écho + monito dans une semaine.

Le monito est bon. Aucun souci, les battements de coeur sont bien réguliers (même si parfois ils descendent à 110 et montent à 165 et que c'est flippant). Bébé va bien. Par contre, j'ai à nouveau le droit à "Eh beh, vous avez pas beaucoup pris !" quand je monte sur la balance (oui, j'ai été pesée deux fois le même jour) et à "Ah oui, effectivement, vous avez un tout petit ventre" quand je soulève mon haut. Ben oui, c'est pour ça que je suis là. Ce qui est drôle, c'est que celle-là insiste : "Vous êtes sûre que vous mangez suffisamment ? Faut manger, hein !" Mais je mange, enfin, zut ! Je ne fais que ça, manger !

Après tout ça, vous crevez d'envie de juger par vous-même, je sais, alors voilà, je vous montre mon ventre.

ventre37sa

(oui, la prochaine fois je mets un soutien-gorge)

Personnellement, je ne le trouve pas si petit. Je sais qu'il n'est pas très gros pour 8 mois, mais enfin, j'ai quand même l'air bien enceinte. Même la dame du supermarché me demande régulièrement pour quand est le bébé (bon, la première fois, il y a trois semaines, elle m'a demandé plus subtilement : "Vous attendez un petit bébé ?"... la partie maléfique de moi-même a eu envie de répondre : "Non, c'est la bière.").

Mais je pense que le pire, pour moi, ce n'est pas qu'on ne cesse de me répéter que je suis trop mince, c'est qu'on s'en prenne au poids de Choupie-Chat. Déjà, parce que ça me fait passer pour une mauvaise mère, qui affame son enfant (alors qu'aujourd'hui rien qu'entre 10h et 19h, elle a eu le droit à pomme/craquottes/tartines au kiri/lasagnes végé/glace/compote/fritelles). Ensuite, parce que je n'aime pas qu'on critique ma fille, même ma fille in utero. Et ça m'énerve toujours un peu qu'on appelle "beaux bébés" les gros bébés.

En ce moment, chez les "avrilettes", c'est l'invasion. Toutes en train d'accoucher, les filles. Et des mastodontes. Dernier en date : une petite fille née avec trois semaines d'avance, 4 kg ! Alors c'est vrai que moi aussi, j'y vais de mon "Eh ben dis voir, c'est un beau bébé, ça !" Histoire de flatter la maman, parce que je pense que ça ne lui ferait pas très plaisir si je disais : "Eh beh, quel monstre !" Mais honnêtement, dans mon épisode de T.V. de tout à l'heure, je voyais des tas de bébés différents et si c'est vrai que le prématuré de 950g était vraiment pas beau (faut dire ce qui est), je trouvais que le petit garçon de 4,5 kg, il était effrayant. Choupette fera peut-être même pas 3 kg à la naissance, mais je suis sûre que ce sera quand même un très beau bébé.

En attendant, elle joue l'enfant du démon. Comme je suis sympa, je vous ai fait une vidéo ! (j'en suis très contente, parce qu'en plus d'être diabolique, habituellement cette enfant est fourbe et arrête de bouger dès que je dégaine mon portable... là elle s'est fait avoir en flagrant déli !)

(C'était hier soir, j'étais en pyjama. Glam, je sais.)

Réalisé sans trucage. Je vous rassure, elle ne fait pas ça toute la journée. C'est comme les chats, elle a parfois des quarts d'heure (disons plutôt des demi-heures, voire des heures) de folie, où elle fait bobo à maman (non, Choupie-Chat n'est pas très douée pour les massages du ventre, elle est un peu brutos)... et très peur à papa !

Bon, c'est pas tout ça, mais je vais continuer à essayer d'engraisser ma fille. Après quoi je continuerai à m'abrutir devant des émissions débiles. Ma vie est consternante passionnante.