Comme je suis imprévisible et que je ne suis jamais là où on l'attend (non, ce n'est pas redondant), je ne vais pas vous écrire l'article que je pensais vous écrire depuis des semaines, ni celui que je pensais vous écrire hier, mais un article sorti de mes fesses de ma tête aujourd'hui-même. Je vais vous écrire un article sur quoi faire pendant le neuvième mois.

Non, parce qu'à en croire les sites de conseils agréés par le comité des parents parfaits, et les copines futures mamans et ex-futures mamans, tout doit être prêt à 7 mois de grossesse. La valise doit être bouclée, les habits achetés et lavés, le matériel de puériculture rangé et opérationnel. C'est vrai qu'on ne sait jamais, à partir de 7 mois. Autant avant 7 mois, on pourra qualifier de surprise la naissance d'un petit prématuré, et on aura de toute façon un bon mois en néonat pour s'organiser, autant après 7 mois, on peut très bien se retrouver avec un bébé un peu pressé du jour au lendemain. Comme je suis une dangereuse procrastinatrice (et que, j'avoue, je me disais que c'était pas à moi que ça arriverait, la prématurité), moi, je me suis donnée comme limite 8 mois pour que tout soit prêt. J'ai fait les choses progressivement : entre 6 et 7 mois, j'ai commencé à acheter les petites et grosses choses, entre 7 et 8 mois, j'ai fait mes lessives, mes valises, mes courses de dernière minute. Oui mais voilà, après 8 mois, on fait quoi ?

D'aucuns diront : "On attend". Super programme. Tu es en congé mat, tes examens obligatoires et tes prépas sont terminés parce que "maintenant, ça peut arriver n'importe quand", tu es trop grosse pour t'inscrire à un club de zumba, de nombreuses choses deviennent contraignantes voire impossibles à réaliser (non le neuvième mois n'est pas le mois idéal pour repeindre le plafond ou élaguer les arbres de la cour). En somme tu es chez toi et, à part si tu as déjà une tripotée de mouflets pour te pomper ton énergie, tu n'as rien à faire. Et de l'avis général, tu devrais ne rien faire (je ne compte plus les gens qui me conseillent de me reposer). J'avais été choquée de plusieurs commentaires sur le site bien connu VDM (à 8 mois de grossesse, tu peux traîner sur VDM toute la journée si tu veux, ça c'est encore permis) qui répondaient à une femme enceinte qui s'était retrouvée coincée entre sa voiture et une autre qui s'était garée trop près en revenant de ses courses : "Tu l'as bien mérité ! A 8 mois de grossesse, on ne va pas faire les courses." Ah bon ?

Je veux bien croire que, dans certains cas, à 8 mois de grossesse, on ne soit plus en mesure de faire ses courses. En fait, je dirais même que je le crois carrément. Moi, à 2 mois de grossesse, je n'étais plus capable de rien faire à cause des nausées et de la fatigue (je ne faisais plus à manger, je ne faisais plus le ménage, je ne sortais plus, je ne communiquais plus...), alors je comprends que d'autres soient handicapées à 8 mois par un ventre lourd et volumineux, la rétention d'eau, les hémorroïdes, les douleurs musculo-squelettiques et autres joyeusetés que la nature m'a généreusement épargnées en fin de grossesse. D'ailleurs, ce n'est pas parce que je dois accoucher dans seize jours (!!) que je m'estime sauvée de tous ces malheurs. J'ai vu trop de filles qui étaient l'énergie incarnée en chier terriblement juste une semaine avant leur accouchement. Avec Apollon, je dirais même qu'on s'y prépare. On essaie d'acheter des trucs en grosse quantité, au cas où d'un jour sur l'autre je ne sois plus capable de prendre la voiture pour aller au supermarché. 

Mais tant qu'elles peuvent le faire, je conseillerais à toutes les femmes enceintes de continuer de faire leurs courses à 8 mois de grossesse. Et même plus généralement, de continuer à avoir des projets, de se lancer dans des trucs. Parce que l'attente ne sera jamais aussi pesante qu'à ce moment-là. Surtout que pour peu que vous ayez, comme moi, des connaissances qui doivent accoucher un peu avant vous (genre ma copine mordorienne qui a accouché le 10 mars ou ma belle-soeur qui a accouché le 28 mars) ou que vous soyez, comme moi, inscrite sur un forum de futures mamans, des bébés, vous allez en voir défiler. Pour tout vous dire, à présent, sur le forum, sur quinze posteuses actives censées accoucher entre le 1er et le 28 avril (le 28, c'est moi), douze ont déjà accouché. Les trois collègues les plus proches de moi par la DPA (21, 21 et 25 avril) ont toutes déjà accouché (respectivement le 1er, le 2 et le 8 avril). Ma "binôme" (la personne avec qui j'ai échangé mon p'tit num afin qu'on puisse se prévenir mutuellement de notre mise bas et éviter de dépenser notre forfait 3G en allant nous-même l'annoncer sur le forum) dont la DPA était le 15 avril a accouché hier. Moi, coucou, je fais partie des trois filles sur quinze qui n'ont pas accouché.

Ca ne m'étonne pas. Je n'ai jamais pensé que j'accoucherais en avance. Je pense même me diriger vers un dépassement. Mais s'il me fallait attendre ma fille comme le messie, bras tendus et jambes écartées (euh, en fait, je sais pas trop si c'est une bonne position pour attendre le messie), je deviendrais vite folle. C'est pour ça qu'à deux-trois semaines de sa naissance, je continue à régler des machins.

Déjà, quand je vous ai dit que tout était prêt pour elle, c'était un demi-mensonge. Je m'interroge encore sur la nécessité ou pas d'avoir un couffin, et je veux absolument un truc pour la porter au cas où j'aie la flemme de sortir la poussette ou au cas où elle me fasse une crise de larmes que je n'arrive pas à consoler autrement qu'en peau à peau (le souci avec le portage, c'est que je change d'idée toutes les semaines : au départ je partais sur une écharpe, de marque JPMBB puis LLDA, mais j'ai eu peur de galérer avec les noeuds, puis sur un porte-bébé physio, de marque BBT puis M, mais finalement l'écartement des jambes ne me paraît pas adapté aux tout petits bébés, maintenant, j'ai l'impression que je vais m'en tenir au sling, de marque JPMBB puis LLDA... mais ça demande encore à être discuté avec Apollon, qui a des doutes sur la fiabilité du système d'anneaux). J'ai plusieurs mails et lettres à écrire. J'ai des projets d'articles pour ce blog, et j'ai le projet d'un nouveau blog consacré uniquement à Choupie-Chat (parce que je sais que je vais en parler tout le temps, donc autant qu'elle ait un blog dédié). Il faut que je m'occupe des cadeaux d'anniversaire du papa (celui de ma fille, j'entends, pas le mien dont je ne me préoccupe plus trop des anniversaires), aussi... mais ça, promis, je le règle de suite, je ne peux pas non plus négliger son anniversaire au prétexte que ça tombe presque en même temps que le bébé (il est drôle, d'ailleurs, Apollon : je lui demande s'il aimerait un truc en particulier, et il me dit : "Non, rien, juste un bébé, ça me suffit." -réponse très choupie, mais qui m'avance guère- et il enchaîne avec : "Mais si tu insistes tu peux regarder pour tel blu-ray, tel coffret 3 films, tel autre blu-ray, mais en édition de luxe, tel blu-ray... non laisse tomber, y'a trop d'éditions, pour celui-là, par contre l'intégrale de telle série, et puis ce blu-ray, mais méfie-toi, c'est de l'import... je peux te donner des titres de livres, aussi." Non non mais ça va, je pense que j'ai largement de quoi trouver dans tout ça !). Et puis j'ai des rendez-vous, avec le psy, chez le dentiste... Et c'est très bien comme ça. Je préfère largement avoir un agenda rempli et des projets plein la tête qu'être condamnée à attendre le 28, voire plus, en me morfondant sur les jolis bébés (ou pas) des autres.

Et si Choupette arrive plus tôt que prévu, tant mieux ! Si le porte-bébé n'est pas là à sa naissance, tant pis, elle aura toujours nos bras. Si le mail pour ma jumelle karmique n'est pas terminé, tant pis, il comprendra aussi le récit de mon accouchement. Si le baby blog n'est pas prêt, tant pis, je l'ouvrirai plus tard. Si je dois annuler mon rendez-vous chez le dentiste, tant pis, mes dents de sagesse auront gagné quelques semaines de répit avant que le méchant docteur ne prenne l'irrévocable décision de les arracher (comme je fais des infections à répétition, je pense que je ne vais pas y échapper).

Si vous vous demandez, l'article que je pensais peut-être écrire hier, c'était un article sur la sociabilité. Sur comment, finalement, moi qui me définis volontiers comme asociale et solitaire, j'avais des compétences sociales plutôt développées. Si si, je vous assure, ne vous marrez pas. Il est vrai que je ne fais jamais le premier pas : j'ai horreur d'aborder quelqu'un, parce que je n'ai aucune confiance en moi et une peur panique du rejet. Il est aussi vrai que j'estime ne pas devoir me battre pour préserver une relation, parce qu'à mon sens, si la personne ne garde pas un minimum contact, c'est probablement qu'elle n'en a pas envie... et moi j'ai pas un quota d'amis à entretenir, je m'en fous d'en avoir dix ou cinquante. Par contre, je suis une excellente interlocutrice. Pour peu qu'on veuille bien me parler, je joue le jeu de la communication à fond. Je suis capable de parler une heure au téléphone (mais pas de téléphoner, par contre), je ne laisse jamais un mail, un sms ou une lettre sans réponse, j'écris régulièrement sur mon blog, je commente, je mets des "j'aime", je peux faire la conversation à la caissière si elle l'engage, je refuse rarement une soirée ou une sortie, si on me met en face d'un inconnu en me disant "parle", je parle, pendant des heures s'il le faut. Je pense même être une interlocutrice agréable et habile : je suis plutôt souriante, amusante, empathique, je m'intéresse à ce qu'on me dit, je prends toujours garde à ne vexer personne et si j'évite au maximum de mentir, je ne recule jamais devant un compliment sincère. Sans prétention aucune, toute sauvage que je sois, je pense même que je suis une meilleure communicatrice que la majorité des gens.

(genre là, à ma petite soeur qui me dit : "Wouah eh l'autre qui veut pas de péri !! Je parie que tu vas la réclamer au bout de dix minutes !!" -exemple flagrant d'un manque de compétences communicationnelles : brusquerie, moquerie, dénigrement de l'opinion de l'interlocuteur-, j'ai envie de répondre : "Ta gueule la mioche, on en reparlera quand tu sauras ce que c'est d'accoucher." Mais comme j'ai de bonnes compétences relationnelles, je lui explique gentiment que 80% des femmes dans le monde accouchent sans péri et que c'est une erreur de croire que c'est impossible... même si personnellement, je pense que je me dirige de plus en plus vers une péri parce que je suis en réalité très sensible à la douleur et à la fatigue et que j'aurai du mal à dire non aux personnes qui voudront m'en délivrer) (c'est tout moi, ça, j'ai des convictions, mais terriblement solubles dans d'autres considérations)

Tout ça pour faire un second article de blog à l'intérieur du premier ni vu ni connu j't'embrouille dire qu'il est aussi important de préserver les relations sociales durant le dernier mois. Se replier sur sa douleur, son inconfort et son impatience, ce n'est pas le meilleur moyen pour attendre. Et en ça, je crois que participer à un forum est une des meilleures idées que j'ai eues. C'est peut-être ce qui m'a manqué, en début de grossesse, pour ne pas craquer, d'avoir un véritable lieu de sociabilité : on ne se rend pas compte à quel point il est important pour un être humain de se sentir entouré. Au lycée, j'avais des amis, en licence, j'avais des amis, au Mordor, j'avais des amis, en master, j'avais ma promo, en stage et au travail, j'avais mes collègues... et quand j'ai quitté ça, je n'ai plus eu personne : je n'appartenais plus à aucun groupe social et mes amis étaient partis loin de moi. Participer à un forum de discussion, c'est réintégrer un groupe social. Et même si ces sales traîtresses sont toutes en train d'accoucher à la queue leu leu pendant que c'est le calme plat sous mon ventre rond, eh ben c'est quand même une aide, de partager avec elles. C'est donc mon dernier conseil : le dernier mois, même si vous êtes en congé mat, même si vous vous sentez à plat, maintenez le contact social. Votre moral vous dira merci.

Sur ce, je m'en vais écrire mes mails !